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MAURICE QUENTIN DE LA TOUR

(1704 - 1788)

L 'histoire de notre ville serait incomplète, si elle n'évoquait pas le plus illustre de ses enfants. Le grand-père de Maurice Quentin de la Tour, Jean de la Tour qui était né en 1639 à Laon, il était maître maçon, et vint à St-Quentin pour travailler à la réparation de la collégiale de St Quentin, endommagée en 1669 par un incendie.

Son père François, trompette au régiment des carabiniers, devint chantre à la collégiale. Sa première femme Reine Françoise Havart, lui donna cinq enfants, Adrien François, Charles, directeur de vivres d’Italie, Maurice Quentin, Jean Edme, Louis-Joseph-Antoine. Veuf en 1723, il se remaria, deux ans plus tard à Marie-Françoise Duliège, dont il eut Jean-François, lieutenant de cavalerie, et Honoré Adrien.

Très jeune, Maurice-Quentin s'éprit pour le dessin, et l’on connaît une vue de St-Quentin avec ses fortifications, dessiné à la plume, à l'âge de 14 ans. On note son premier séjour vers 1719 à Paris, où il devient élève de plusieurs professeurs. Il séjourne à Reims, et ensuite à Cambrai où il rencontre un ambassadeur d'Angleterre, qui va le mener vers le succès. Présenté au premier peintre du roi, Louis de Boulogne, il va suivre les conseils du peintre pendant plus de 4 années. Il suivra aussi les conseils de Jean Restout qui lui seront également utiles. Son premier tableau daté est celui de Voltaire (seconde moitié du XVIIIe siècle)

Très vite apprécié, il devient Agrée à l 'Académie Royale de peinture et sculpture, le 25 mai 1737. Profitant du droit d'exposer, il envoie au Louvre deux pastels (madame Françoise Boucher et son propre portrait). Il exposera ainsi à chaque salon. Il participera donc aux salons de 1737 à 1773, devenant le Portraitiste de la cour du monde des arts, des lettres, des spectacles. Au salon de 1741, est présentée une grandiose effigie de président de Rieux, qui recevait dans son château de Passy, une société brillante, d 'écrivains et artistes. Le 10 mars 1745, il obtient un brevet de logement aux galeries du Louvre et le 24 septembre 1746, il est reçu à l 'Académie "comme peintre de portraits au pastel". Il donna comme morceaux de réception, le portrait de Jean Restout.

Quatre ans plus tard, il accepte le titre de peintre du roi, tandis que l'Académie Royale lui confère le grade de conseiller (la plus haute dignité pour un peintre de portrait). Il devint de ce fait, le peintre à la mode et une clientèle d'élite fréquente son atelier. En 1755, il expose le portrait de la Marquise de Pompadour, qui fût un succès considérable.

Vers 1750, une liaison avec la cantatrice de l'opéra, Marie Fel dura plus de 30 ans. Il vécut jusqu'en 1784 avec elle, et dut revenir à St-Quentin étant atteint d'un genre de démence sénile. Il fût reçu, le 21 juin 1784 avec enthousiasme dans la ville, à laquelle il avait toujours été attaché.

Il mourut dans la nuit du 16 au 17 février 1788 et fut inhumé dans le cimetière de St-André, sa paroisse. Il habitait alors une maison acquis par son frère en 1784. Cette demeure fut détruite en 1917.

LA DESTINEE DE SES ŒUVRES

Maurice Quentin de la Tour avait amassé une fortune considérable, il avait hérité de l'abbé Huber et de son frère Charles, directeur des vivres d’Italie à Paris. Il avait en plus de ses biens familiaux une pension Royale.

Ses œuvres très chères, n 'étaient accessibles que par de très hauts personnages du Royaume. Et de cette aisance, il fonde trois prix à l'Académie Royale de peinture, pour encourager les élèves de cette Académie. Il fonde ensuite un prix annuel à l 'Académie des sciences, belles-lettres et d'art d 'Amiens.

Et puis il crée à St Quentin, sa ville natale des rentes en faveur des femmes en couches (1776), des rentes pour les artisans hors d 'état de gagner leur vie (1777), ainsi que pour les vieillards infirmes.

Le projet qu'il avait eu pour une école de dessin, sera officialisé en mars 1782 par les lettres patentes du roi. Cette école a été crée pour les jeunes gens et ouvriers qui se destineront aux arts mécaniques, et aux différents métiers. Elle avait pour but de contribuer à l'extension du commerce de la ville, ainsi qu'a la perfection des manufactures établies.

Cette école, voulue par Maurice Quentin de la Tour était avant toute une école d'art appliqué, lié à l'industrie textile de la ville et notamment à l'artisanat, de la broderie textile florissante. En 1784, la fabrication des tissus de fil à St-Quentin est florissante, la mode des soieries, des linons, des gazes, des batistes avec leurs nombreux genres sont parvenues à son apogée. Ses tissus n'avaient jamais été aussi recherchés, Cadix devient pour certains commerçants de St Quentin, un véritable débouché.

LE MUSEE ANTOINE LECUYER

C 'est le 1er mai 1837, que fut ouvert pour la première fois le musée de St-Quentin, dans l 'ancienne abbaye de Fervaques. Le duc et la duchesse honoreront de leur visite, dès le mois de mai 1837, le musée qui commença à s'enrichir grâce au dons de la société académique et aux achats qu'elle réalisait.

C'est en juillet 1853, que l'on évoque dans une séance du conseil municipal, la proposition d'un musée avec Monsieur NAMUROY, maire de St-Quentin. Le projet est confié à une commission composée de Monsieur Antoine Lécuyer, futur bienfaiteur et de l'historien Charles Gomart.

Le musée s'enrichit à partir de 1883, par l'acquisition des collections de Josias et Félix Le Sérurier (ensemble d'objets d'art, de tableaux, bronzes, émaux, ivoires). Et en 1884, on ne pouvait plus rien recevoir à Fervaques, la ville devient propriétaire en 1883 par un legs du banquier, du bel hôtel particulier d 'Antoine Lécuyer (décédé le 19 avril 1878), au lendemain de la mort de Madame Lécuyer (27 décembre 1883)

Le local, après avoir reçu les aménagements nécessaires, ouvrit ses portes au public en 1886. L'hôtel Lécuyer qui avait été endommagé au cours de la première guerre mondiale, fut reconstruit à partir de 1928. La construction se terminera en 1931. Les pastels rentrèrent de Paris le 22 juin 1922, après 13 années d'absence. L'inauguration fut célébrée le 3 juillet 1932, la société académique avait organisé une exposition de documents à l'occasion de cette inauguration

Un an plus tard, le 19 juillet 1933, le musée recevait les deux grands tableaux du peintre Antoine Coypel (1661-1722), réalisés pour servir de cartons de tapisserie au gobelins.

Le musée a été réalisé et conçu sur les plans de Paul Bigot ( 1870-1942 ), qui avait été grand prix de Rome en 1900, avec pour collaborateur Louis Guidez architecte municipal.

Il ne comprend qu'un étage couronné d'une rampe de balustres dissimulant une couverture en terrasse, où des verrières éclairent les pastels d 'une lumière douce.

Une rotonde percée de 3 hautes fenêtres surmontées de macarons à têtes de femmes, ouvrant sur un balcon de fer forgé. Cette partie ressemble à l 'ordonnance du pavillon dit de "Hanovre" dans l'hôtel de Richelieu sur le boulevard des Italiens à Paris, (démoli en 1930, ce pavillon se trouve au cœur du parc de Sceaux ).

Ce style d'architecture à été volontaire pour créer l'harmonie, qui reste en accord avec le donateur et les pastels de Maurice Quentin de la Tour.

Pour toutes les vicissitudes dues à la première guerre mondiale (1914 - 1919), de la période 1919 - 1932 et de la seconde guerre mondiale (1939 - 1947), nous vous prions de vous reporter à l'excellent ouvrage de Christine Debrie, conservateur du musée Antoine Lécuyer, qui relate l 'histoire du pastel et des tableaux du musée Antoine Lécuyer

Ce livre s’intitule : Maurice Quentin de la Tour (1704 –1788) Préface de Pierre Rosenberg, Conservateur général du patrimoine chargé du Département des peintures du Louvre.

Et nous vous incitons à vous rendre à ce musée, qui ne s'adresse pas qu'aux historiens d'art. C'est un ensemble unique après le Louvre et le musée d'Orléans qui possédé un ensemble de pastels, plus diversifié.

Si le XVIIIe siècle à été le siècle d'or du pastel, il demeure un genre qui n'a jamais été abandonné par les plus grands (François Millet, Edgar Degas, Auguste Renoir, Redon). Le pastel connaît une nouvelle faveur auprès des artistes contemporains, qui ont exposé par l’intermédiaire de la ville de Saint-Quentin aux Biennales du pastel.

voir le lien concernant le Tricentenaire de Maurice Quentin de la Tour